James couche-toi-là (Minute n°12)

Vous l’avez sûrement remarqué, le « nouveau James Bond », Spectre, est sorti sur nos français écrans le 11 Novembre.

Vous avez probablement noté également que chez Budum, on est à fond sur les sujets brûlants de là, maintenant, tout suite

Du coup je vais vous parler de Skyfall.

Non mais… cette tête inexplicable !!

 

Et oui, et oui, je l’avoue, il m’arrive de me rouler dans des films de gros mecs avec des gros flingues, dont certains d’ailleurs sont issus du milieu sombre et pénétrant du catch américain (les gros mecs, pas les gros flingues. Enfin je crois). Mais bref, l’autre jour, j’ai regardé Skyfall. Ne vous en faites pas, je ne vais pas vous parler des « James Bond Girl » (j’aime bien ce dénominatif, ça me rappelle le « Madame René Poupinet » que certaines d’entre vous subissent encore sur vos courriers bancaires). Les actrices le font tellement mieux par elles-mêmes, quand elles nous expliquent qu’en vrai la James Bond Girl elle est  une Fâme Forte. Je ne vais pas non plus vous livrer l’entier synopsis de Skyfall, si ce n’est qu’il s’agit  d’une sorte de réflexion sur le passé et le présent, doublée malheureusement d’une morale plutôt douteuse (la fin justifie les moyens, avec de gros flingues, et fuck la jeunesse). Il faut quand même bien la garder en tête, cette réflexion qui suppure la nostalgie. C’était tellement bien, le passé …

SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER SPOILER

 

 

Voilà. Donc. Dans Skyfall, il n’y a pas de James Bond Girl à proprement parler. Mais il y a quand même des meufs que l’ont peut fort heureusement catégoriser facilement, comme suit :

La Mère (M)

L’Hystérique (la ministre)

La Soeur (Monneypenny)

La Pute (Séverine. Pardon Séverine.)

 

Et comme c’était mieux avant, on va remettre toutes ces sinistres femelles à leur place.

 

D’abord, la Mère.

Le truc de Skyfall, c’est qu’un ancien agent que M a autrefois livré à l’ennemi décide de se venger et de lui faire subir diverses Humiliations. Le Méchant, c’est Javier Bardem, un joli personnage tout droit sorti d’un roman gothique du XIXème , et qui a développé un sentiment filial profond à l’égard de la Patronne du MI6. Le film ne fait pas dans la subtilité, M est effectivement la maman de tous ces agents qui sont d’autant meilleurs « qu’ils sont orphelins », dixit l’intéressée. Point.

Mais M est aussi une femme dans la tourmente suite à la remise en cause complète de son service par le gouvernement. Ben oui parce que même si M est veuve et maman, donc noble, c’est une femme, et en plus elle fait « du sentiment » (je cite) avec son chouchou, James. Typique. Du coup faut la jeter, ce qui sera chose faite une fois que les scénaristes auront pris soin de ré-humaniser cette femme à poigne, c’est à dire en lui créant des faiblesses de toutes sortes. Et bien entendu, elle sera remplacée par Un Homme, un Vrai, qui a prouvé qu’il pouvait se prendre une balle et utiliser un gros flingue (parce que jusque là James il était pas convaincu, fuck les jeunes, fuck les « bureaucrates ».), choses concernant lesquelles M avouera son incompétence sans équivoque.

Ouf, une de moins.

 

Concernant le développement du procès de M, c’est l’Hystérique qui s’y colle. La Ministre de la Défense britannique, donc, prise de logorrhée (ha, les femmes !) à l’encontre de la malheureuse petite vieille qui endure sans broncher (ha, les femmes !), jusqu’à ce qu’elle soit interrompue par un Homme un Vrai qui lui fait enfin fermer son clapet. Et la ministre, que dis-je l’Hystérique de se taire, confuse, bredouillante, et évidemment, baissant humblement les yeux suite à son admonestation. Sainte M remerciera d’ailleurs l’Homme (on t’a reconnu Voldemort) avant de se lancer dans un discours émouvant qu’elle cace-dédie à feu son époux, évidemment. Sur ses entre-faits, et histoire de faire payer à L’Hystérique son babillage sur « tuer c’est mal » (ha, ….), les Méchants débarquent avec leurs gros flingues et tout le monde est content. Je vous jure. Foutez des femmes aux postes à responsabilités et voyez le résultat. Deux de moins.

 

La Soeur, quant à elle, est une agente qui travaille en binôme avec James au début du film. Une femme efficace, conductrice de grosses bagnoles et tireuse d’élite. Sauf que voilà, James il aime bien bétonner la face des gens sur le sommet des trains en marche. La pauvre Monneypenny n’a donc d’autre choix que de suivre la marche, jusqu’aux dilemme fatidique : sniper le Méchant au risque de blesser son musculeux binôme, ou parier sur les talents de 007 pour mettre un terme à l’existence de Patrice (je vous jure qu’il s’appelle Patrice). Mais l’ordre de M tombe, la balle fuse, et transperce le mauvais trapèze. La Soeur est donc bien dég, bien que par la suite James se montrera des plus compréhensifs quant à cette petite mésaventure.

La Soeur est elle aussi une femme noble (elle couche pas avec James, même si elle déborde de phéromone parce que c’est une vraie fâme), et compte bien retourner sur le terrain une fois sa mise à pied levée. Ou pas. Parce que le terrain, « ce n’est pas fait pour tout le monde ». James le dit (mais c’est peut être parce qu’il vient de se prendre une balle…), et Monneypenny soudain le dit (mais c’est peut être parce que… heu…). Quel avenir alors pour notre gentille sœurette ?

SE

CRE

TAIRE.

 

Voilà. Et trois de moins.

On arrive au clou du spectacle. Voyez-vous, il y a des trucs qui me font rire, d’autres qui me font grincer des dents, d’autres qui m’agacent. Et puis il y a ces trucs qui me mettent la rage au ventre.

La Pute est une femme à l’ossature particulièrement fine. Quand elle apparait, on a l’impression qu’un coup de vent pourrait la faire s’envoler. Au premier regard, on la prend pour la Bad Girl de l’histoire, mais on s’aperçoit très vite qu’il n’en est rien. James sait reconnaître « les femmes qui font semblant de ne pas avoir peur » (si si). Il lui fait même toute sa biographie : Séverine est une ancienne putain, vendue à 12 ans dans un bordel en Chine avant d’en être sortie par un «protecteur » qu’elle « croyait probablement aimer, au début ». Et oui, la Pute est la copine du Grand Méchant. Et si James promet de le tuer, elle veut bien l’emmener là-bas. Là je me retiens de vomir toutes les incohérences scénaristiques qui nous mènent jusqu’à l’île de Javier Bardem via le bateau de Séverine, après que les deux chouchous aient partagé leur haine commune pour les Méchants sous la douche du dit bateau (ha, elle a couché avec quelqu’un. C’est mal…). Je me retiens, parce que de toute façon ça ne sert à rien. Malgré les longs plans graphiques qui lui sont consacrés, malgré les regards et les sourires acides qui semblaient vouloir en dire long, Séverine n’a aucun rôle dans Skyfall. Elle a un emploi.

On ne saura jamais pourquoi, les sbires du Méchant qui sont sur le bateau depuis le début décident que finalement ils vont punir Séverine parce qu’elle est trop méchante d’avoir emmené James (je croyais que ça arrangeait Super Méchant, mais bon). Du coup elle s’excuse auprès de James (j’ai pas compris pourquoi) en baissant des yeux larmoyants.

« cherie, voilà tes amants »

Elle réapparaît quelques minutes et une apparition de Grand Méchant plus tard, ligotée à un bloc de pierre, la lèvre en sang. Le Méchant lui pose un shot sur la tête , non sans l’avoir embrassée à son corps défendant (et horriblement tremblant…). Le jeu est simple : le premier qui fait tomber le verre de sa tête avec un gros flingue a gagné. Le premier tir est pour James, mais à cause du snipe mal placé de cette idiote de secrétaire, il manque sa cible. Le Méchant, railleur, exécute Séverine en hors champs sans autre forme de procès. Il est tout fier, il a fait tomber le verre. Fini Séverine. Pour le reste de la scène, le corps de la suppliciée est replié sur lui même, pendant, en arrière plan. Et voilà Séverine transformée en parfait exemple de femme mannequin, utilisée pour créer un faux sentiment de pitié et de misère chez le spectateur, puis évacuée comme un objet inutile une fois sa besogne désincarnée effectuée. Séverine n’était là que pour la scène de sexe, pour parer le Grand Méchant de plus méchants atours, puis pour mourir. Mais ce n’est pas trop grave, les femmes battues c’est triste mais c’est commun, surtout chez les anciennes prostituées et les paumées…

« Ne bouge pas… ne bouge pas… »

La rage totale. Quatre en moins.

 

Et voilà comment dans Skyfall, on remet les choses à leur place. Les Mères et les Soeurs saluées pour leur tentative de faire un boulot de mec, puis mises à l’écart. Les Hystériques remises à leur place. Les putains nettoyées. Les Hommes ont enfin repris leur place à la tête du monde.

C’est pas le tout de faire un joli film et un joli méchant. Il faudrait peut être gérer votre complexe de  castration, ou quoi que ce soit qui menace vos précieuses petites parties et vos précieux petits pouvoirs, messieurs les cinéastes.

Sur ce, je retourne voir Mad Max.

« Votre femme sur la 8, Monsieur. »

 

Skyfall, Sam Mendes, 2012

 

 

 

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