Fais ton Greuh ! (minute n°14)

J’ai un problème avec Shrek. Ça m’embête , parce que le premier Shrek est fichtrement drôle par moment. En plus, casser les codes des contes de fées, de l’héroïsme et de l’apparence , tout ça tout ça, c’est forcément sympa. Cela dit il y a de quoi être déçu-e lors de la conclusion. Certes on peut  rester telle que l’on est. Mais à condition de changer. Que Fiona reste humaine (et royale) et Shrek ogre (et roturier), apparemment ce n’est pas chose possible au royaume des contes de fées, aussi dévoyées soient ces dernières. Comme d’habitude, c’est Monsieur qui conserve le droit de rester vert, « moche » et crade (ou simplement tel qu’il est). A Mademoiselle  de s’adapter  au nom de l’Amour. Dommage dommage. Fiona avait pourtant l’air sûre d’elle jusque là, et les dragons filles, c’est tellement classe !

Bref. J’avoue que je n’ai strictement aucun souvenir des deux films suivants. mais quelles remembrances (quoi? c’est pas cocasse le français ?) cuisantes de Shrek 4 ! Vraiment, il fallait finir comme ça ?

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Non mais vraiment.

Déjà, le postulat de base me fais couiner les rotules. Figurez-vous que Shrek, ce pauvre choupinou, ne peut plus prendre de bain de boue. Qu’il est obligé de nourrir ses trois enfants et de mettre ses gros doigts dans leur caca d’ogrillons. Et que, pire que tout, il est obligé de faire ça absolument tout les jours. En plus de ça, Fiona le laisse  jamais tranquille. On se demande ce qu’elle fait d’ailleurs cette mégère, pendant que Shrek il essaie juste de se détendre un tout ptit peu (à longueur de journée). Peut-être bien tout le reste, mais bon hein, c’est elle qui les voulait, ces trois fichu-es mômes. En plus Shrek, depuis qu’il est Père, il n’est plus un Homme, un vrai. Pardon. Un Ogre, un Vrai. Comprenez qu’il ne fait plus peur à personne, même pas à ses enfants. Ha, l’horreur. Si quand on est un mâle on ne peut plus tyranniser son entourage, c’est qu’on a perdu l’essence de ce qu’on est , voyez-vous.

Tiens tiens... et si comme d'habitude, c'était ça le vrai problème...quelle classe, non ?

Tiens tiens… et si comme d’habitude, c’était ça le vrai problème…quelle classe, non ?

Déjà, que le film débute sur une situation dont les femmes sont les seules (potentielles) victimes légitimes, ça m’agace. Alors certes, on ne défend pas le point de vue de Shrek, loin de là. Tous ses potes ne cessent d’ailleurs de lui dire qu’il devrait avoir conscience de la « chance qu’il a d’avoir ce qu’il a ». Ha tiens. Ben en fait c’est encore pire. Parce que Fiona de son côté, elle ne se plaint jamais. Elle semble tout prendre comme ça vient, nuit et jour, jour et nuit. Ne serait-on  pourtant pas  en droit de penser que compte tenu de son passé de princesse, qui plus est de princesse solitaire, Fiona serait  légitimement  en droit de pester un tout petit petit poil ? On peut aimer ses ogrillons, cela n’empêche pas  de souffrir d’ une situation qui est aux antipodes de ce que l’on à vécu et de ce que l’on est.

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Mais non, forcément, la belle dame porte noblement son fardeau, et avec le sourire. Pourtant, pas une fois je ne l’ai vu tenter de prendre un bain de boue. Quand Fiona demande à monsieur un petit coup de main, elle le fait…depuis la maison. Du coup, moi je me demande en quoi sa vie est particulièrement différente de celle qu’elle aurait eu avec un prince charmant. Claquemurée dans une chaumière, cloitrée dans un château, séquestrée dans un donjon. Mouais. pas besoin de signer le papelard de Tracassin pour se faire avoir. Sans parler de ces pauvres marmouflard-es, coupables de n’être que des enfants en bas âge. Une chance je vous dis. Alors à quoi bon remettre en question une situation dans laquelle les deux partis semblent malheureux…

Finalement c’est donc bien Shrek qui signe  un contrat avec le sinistre nabot pour revivre sa gloire passée le temps d’une journée. Et efface  d’un trait de plume femme et enfants.

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On bascule alors dans monde alternatif dans lequel Shrek n’existe plus (fichtre alors) et n’a donc jamais rencontré les différent-es protagonistes. Quant à Fiona, elle en a été réduite à se sauver toute seule et à rallier toute une armée de résistant-es contre Tracassin, qui s’est emparé du pouvoir. Nom d’une fée, mais c’est affreux, une femme qui se débrouille toute seule et qui devient cheffe de guerre !

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Bon, c’est vrai que de voir toutes les marques des jours passés sans secours sur les murs du donjon, c’est un peu triste. Pourtant, il me semble que le déclic  induit est très positif: Fiona  n’a eu besoin que d’elle même pour se tirer de ce mauvais pas. Ce que je trouve par contre un poil pernicieux, c’est l’opposition entre les deux alternatives. D’un côté ( le Mauvais ), l’indépendance et le mouvement, et de l’autre ( le monde « réél »  ), le sacro-saint Grand Amour. Les deux ne sont pas conciliables. Dans la « réalité », l’amour se traduit nécessairement par le couple, le mariage, les enfants, la norme. C’est une chance et ce n’est donc pas négociable. Dans le monde de Tracassin, Fiona excelle dans la stratégie guerrière, noue des relations puissantes avec ses combattant-es,  est l’instigatrice de ses propres actions. Amère certes, point recluse. Mais puisqu’elle n’est pas en couple, il lui manque « une lueur au fond des yeux ». Elle passe à côté de la Vraie Vie.  En résumé, le scénario catastrophe dans Shrek 4, c’est celui où Fiona est indépendante, libre et puissante. Et n’oublions pas Madame dragon, qui est restée une bête sauvage puisqu’elle non plus n’a pu être civilisée par l’amour. Femmes libres et sans enfant, passez votre chemin.

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Princesse Fiona hé vas zy il te manque trop un truc dans tes ptits yeux d’biche !

Pour finir, je ne peux pas oublier les magnifiques Sorcières qui entourent le Nain victime de contrats compulsifs. Bel exemple de violence « ordinaire » que voilà. Déjà dans la façon dont les dames sont filmées: rares sont les visages que l’on peut distinguer. Leur corps, mince, est reproduit quasi à l’identique.

De la crainte, des postures fermées et en retrait...

De la crainte, des postures fermées et en retrait, une adaptation sans failles aux humeurs du maître de maison…

Ensuite dans la façon dont elles sont maltraitées. Que l’une d’elles prenne la parole, qui plus est à raison, et le dominant Tracassin lui jette un verre d’eau au visage. Geste suffisamment violent en lui-même  qui la conduit en plus à la mort. Les autres sont au mieux frappées (non mais c’est censé être drôle), humiliées, manipulées (non mais le flûtiste il manipule aussi les rats alors c’est pas grave). J’ai de sérieux doutes quant à la pertinence des gags basés sur la violence , en particulier dans les films destinés aux enfants. Mais quand en plus ces scènes dites humoristiques sont ritualisées et dirigées sur un même groupe de personnes, féminin évidemment, c’est révoltant. Encore une fois, maltraiter des femmes pour appuyer le background d’un méchant, c’est stérile et  stupide. Peut-être sommes nous censé-es nous contenter du fait que pour une fois, on évite au bad guy la peine de mort….

Shrek Forever After

Enfin voilà. Opposer deux mondes, deux vies, c’est crétin. Et Shrek 4, c’est épouvantable. Je crois que la pire scène du film est celle où l’on voit la Fiona du monde de Tracassin, ainsi que toute la force  qu’elle représentait, disparaitre purement et simplement dans un halo de lumière. D’elle il ne restera rien, et pour la Fiona du monde réel, rien n’aura changé. Rien à part l’humeur de son cher époux, qui se montrera peut-être plus aimable qu’à l’accoutumé. Mais pour combien de temps ?

Et tout rentre dans l'ordre

                                                                     Et tout rentre dans l’ordre

PS: je trouve l’exécution de l’oie à la toute fin d’une cruauté sans bornes, pas vous ?

Shrek 4, Il était une fin. Mike Mitchell et Dreamworks, 2010.

 

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