L’infirmière du Docteur Souris

Vous le sentez le coup de cœur  ?

Non mais, je vous explique. En fait cet album, c’est une grosse bouffée d’enfance en plein visage. Quand je l’ai lu, ça a fait un petit bruit doux et chaud, « chbwoufff », ou quelque chose comme ça. Rien qu’en lisant le titre, j’ai l’impression de sentir une sucette en poudre glisser sur mes lèvres. C’est lisse, c’est mignon, c’est tout doux, ça sent bon. Voilà, fallait que ça sorte, passons maintenant au sujet qui nous occupe. Et voici donc :

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« Fichu moteur », rouspète Docteur Souris. (« rouspète ». Non mais, vous la sentez  la sucette ??) Et oui, le rongeur est en rade: impossible pour lui de poursuivre ses visites à travers la campagne. C’est alors qu’ Héléna , qui se promène à bord de son tricycle, lui offre son aide. Docteur Souris se réjouit, et lui propose du même coup de devenir son infirmière du jour. C’est qu’il en a , des piqûres à faire…

Nous mais vous avez vu cette petite mine réjouie ?? Et le beau regard bienveillant d'Héléna ?

Non mais vous avez vu cette petite mine réjouie ?? Et le beau regard bienveillant d’Héléna ?

Par chance, Héléna est également une experte en maux et blessures. Freinant les velléités pointilleuses du bon docteur, elle distille remèdes,  bandages et surtout soulagement aux malheureux-ses qui leur proposent aussitôt de partager leur table. Tout content, docteur Souris passe son temps à se goinfrer jusqu’à l’indigestion finale que la fillette prendra soin de soulager par une bonne… tisane, of course.

Je connais bien la forêt. Montez, je serai votre chauffeur.

En fait cet album se résume très bien par son titre  (poudré) et son illustration de couverture. Si c’est le Docteur Souris (hi !) qui est nommé, c’est l’infirmière qui est le véritable sujet et en position centrale.

Autonome grâce à son tricycle et visiblement habituée à courir les chemins seule, Héléna est constamment représentée dans une dynamique de mouvement. Même durant les repas et collations, ses postures sont actives, ses mains mobiles, son visage alerte.  Elle fait preuve d’assurance tout comme d’attention à l’égard des animaux qu’elle visite, parmi lesquelles on compte tout de même ce bon vieux monsieur Loup. La toute belle narration, fidèle au jeu des enfants, augmente progressivement la taille des patients jusqu’à finir sur ce pauvre docteur Souris.

Le traitement réaliste du loup évite l’écueil de l'infantilisation et -ou de l'humanisation pour le rendre plus sympathique, ce qui rend sa présence d'autant plus forte ici

Le traitement réaliste du loup (tout comme des autres patient-es) évite l’écueil de l’infantilisation et -ou de l’humanisation pour le rendre plus sympathique, ce qui rend sa présence forte sans pour autant effacer la dimension de jeu. Un bon point pour les animaux mal-aimés ! Notez aussi le piège…

La dernière illustration achève ce portrait de petite fille libre comme le vent par un joli croisement des univers, du réel et de l’imaginaire, de l’action et du repos. Elle brouille les frontières du foyer, du tricycle qui guette dans le couloir à la lampe couleur de ciel, en passant par le lit à demi défait et gardien de la patientèle. Même les dessins d’Héléna, abandonnés probablement en court de route tout comme l’a probablement été le carton de billes,  fleurent bon l’extérieur, le ciel et le jardin. On ressent tout le bonheur de bondir d’une activité à l’autre au gré des envies, tout comme le plaisir de jouer dans sa chambre, devenue monde plutôt que donjon.

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Pour finir, je regrette vraiment que dans le tortueux monde des représentations, le métier d’infirmièRE soit systématiquement mis en opposition avec celui de chirurgiEN. Et bien en plus d’être tout doux, tout beau et tout libre, L’infirmière du Docteur Souris contourne le problème avec malice. Héléna est experte et indispensable. Et voilà !

L’infirmière du Docteur Souris, Frédéric Stehr, L’école des Loisirs. 1992

Merci à E. de ma l’avoir prêté, et à M. de lui avoir offert !

Merci à N. pour le support technique !!

Ps: je sais que Frédéric Stehr est immensément connu, et pourtant c’est le premier album que je lis « vraiment » plus grande (à part foufours. Non mais, « foufours »… la folie). Je vais corriger cette erreur, p’têtre bien.

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