Fleurus T.1: p’tites joueuses vs p’tites couilles

Aller hop, c’est la rentrée faut se bouger et toutes les horribles rimes en é qui ont cours au mois de Septembre.  Et quoi de mieux pour se relancer qu’un petit bouquet d’albums cartonnés de chez Fleurus?

P’tit Garçon, P’tite Fille, P’tit héros, c’est ça:

Le plus connu, c’est P’tit garçon, qu’on trouve dans à peu près toutes les librairies. J’ai un problème avec P’tit garçon,mais  il n’y a pas que du mauvais. Déjà parce qu’il y a de tout, y compris du camion poubelle. Ensuite parce que ça résume les grands points bien connus de chaque métier (pompier, éboueur, marin, etc…). Sans subtilité, mais ce n’est à priori pas le but recherché (je vous recommande la savoureuse Voiture de police de Brice).Ce n’est pas du grand art, pas du pointu, mais c’est amusant à collectionner. En plus c’est tout rond tout mignon. Bref, quand je critique Fleurus, on me brandit immédiatement cette collection là, à raison. Enfin, presque à raison. Parce qu’il y a quand même un gros manque en matière de parité dans ces p’tits bouquinous. D’la meuf au volant, vous n’ en aurez pratiquemment pas, à part deux trois ménagères qui ramènent  leurs astico-ttes de l’école,  partent faire les courses,  ou se font voler leur sac à main tout mignon tout rond. Une petite exception quand même, puisque Maxence l’ambulancier est accompagné d’une ambulancière (qui je crois ne conduit pas) et mène ses patients auprès d’une docteure postée aux portes de l’hôpital. C’est déjà ça. Ne crachons pas sur la mouche qui tente d’amerrir dans la soupe de l’exclusivité masculine.

Donc P’tit garçon, pour les moustiques qui aiment tourner en circuit presque fermé, presque qu’ entre mecs quoi, ça passe. Quant aux moustiquettes, elles devront encore une fois se contenter d’une figure principale doté de p’tites couilles.

Ou alors, collectionner P’tite fille.

Non mais, P’tite fille quoi.

Notez déjà la différence de concept:

Rémi est un chauffeur de Taxi, cette voiture, c’est son véhicule. Peter est agriculteur et possède son tracteur, Marius est un veritable chauffeur de bus.

Nina, Jade, Mila, Lilou et les autres?

Elles jouent. 

Et ne vous y trompez pas:  Nina joue au docteur avec un charriot d‘infirmère et s’occupe des enfants malades que les mamans  au foyer (toute façon papa n’en a rien à cirer) lui ont ramenés dans son cabinet.  Pardon, dans sa chambre.

« On s’casse discret p’tite couille, ça sent l’entourloupe par ici…. »

 

Je n’ai pas du tout pris cette photo en cachette dans une grande surface. Notez l’air profondément interloqué de madame Nounourse.

Ce n’est évidemment pas le métier d’infirmière qui pose problème, ni le fait d’être femme au foyer. C’est la puissance du cliché sexiste, et c’est l’absence des possibles. Et non content de faire carrillonner les cloches du métier genré, Fleurus, qui écrase en passant les maigres espoirs de parents voulant faire une collection métiers sans gros camions pour  leur p’tit couillu, nous enfonce le bouquinou à grand coup de textes stéréotypés à pleurer de rire. Je vous laisse savourer ce truculent passage:

Comme le font toutes les coiffeuses, pendant qu’elle sèche les cheveux, Jade demande à sa cliente des nouvelles de ses enfants:

« comment va le petit dernier? Il doit être à la maternelle maintenant…

– Oui, ça se passe bien, car sa maitresse est très gentille »

Bon d’accord. C’est pas bien méchant. Mais c’est fleurus. Et puis ces bouilles joufflues en pâte à modeler, je trouve ça profondément anxiogène.

Allez, un petit dernier pour le plaisir:

Chloé se demande si elle ne va pas s’écraser le fer sur la main pour que sa mère la laisse aller à l’école

« Le pot de confiture est tombé  et les chats ont marché dedans.

-Oh! Vous exagérez. Vous en mettez partout !

Mais Chloé ne se fâche pas trop, elle adore faire le ménage ! »

Hahaha, mais c’est bien sûr !

Il me tarde à ce propos de vous parler de Princesse Parfaite.  Mais n’anticipons pas.

Le final de ce premier tome de la saga fleurus s’achève avec cette troisième collection qui finalement résume les deux premières: P’tit héros. Même principe thématique, et la définition de héros est large: du super-garçon, du cow-boy, des pirates… Et on retombe exactement dans les mêmes travers que P’tit garçon, en pire: aucune femme. Pas de sqwaw qui se maquille ou fait la cuisine, pas de piratesse qui enfile des perles sur son tendre petit cou, rien. Exception tout de même dans l’album du super-garçon. Dans celui là, les femmes ne sont pas simplement de jolis éléments du décor secondant potaux et passages piéton comme dans P’tit Garçon. Elles retrouvent  leur sacro-saint rôle : celui de faire valoir incompétent et incapable de se montrer réactif face au danger. A titre d’exemple, on retrouve notre ménagère au sac sequestré par un gredin, sauvée in extremis par super p’tite couille. A noter que le policier témoin de la scène (qui s’est avéré incapable de stopper le dit gredin, donc) est une policière. J’te jure, ces gonzesses. Brice il y arrive bien, lui.

Bon, et les p’tit vagins dans tout ça? Rien de plus simple, elles n’ont qu’à laisser ces messieurs entre eux et se rabattre sur la collection P’tite héroïne.

 

Ha pardon.

 

Les p’tites Héroines, ça n’existe pas.

 

Comme quoi.

 

 

 

 

A suivre dans la saga Fleurus: Princesse Parfaite et Petit ange Parfait 

6 réponses

  1. Va falloir que j’arrête de lire ce blog, je vais plus avoir de clavier à force de le ronger de rage contenue XD J’ai même pas de gosses en plus, pour leur acheter des bouquins ! >___> Franchement……..

  2. Je me retiens depuis quelques jours d’acheter ces petits livres présents partout (ils vont peut-être s’arracher comme des petits pains pour Noël), Non pas, comme je le dis à mes copains et copines pour caler mes vieilles armoires mais pour les mettre à la benne ! Je sais, on ne jette pas les livres, mais là, j’enrage ! Merci pour votre analyse et le résumé de cette belle collection. Bien écrit et drôle, ce qui ne gâche rien ! Valérie

  3. Honnêtement, c’est chiant de vous voir toujours ramener du p’tit vagin et des p’tites couilles.
    Outre que ça ne corresponde pas à tout le monde, vous aurez des femmes sans vagins et tout, et limite la personne à son corps, franchement pourquoi p’tit vagin et pas p’tit clito ou p’tit utérus ou même p’tits ovaires ? Pourquoi quand on limite les gens à leurs corps, c’est le plus souvent les femmes à leurs vagins ou l’existence probable de leur vagin ? Sauf quand on veut leur interdire le sport, auquel cas leurs ovaires et leur utérus ne le supporteraient pas, mais j’aurais plutôt dû dire décrit les gens par leurs corps. (Vivement que les entraîneur/euses s’informe sur la triade de l’athlète féminine, parce que j’en connais qui pensent que le sport lui-même amène l’aménorrhée et poussent leurs athlètes à manger sous leurs besoins caloriques ou à ne pas manger selon leurs besoins nutritionnels.) Les hommes ont au moins deux options, trois quand on les décrit comme étant les seuls à pisser debout (ce qui est faux même pour les femmes cisgenres, même sans outils et surtout sans les mains, mais tabou, ce qui est ridicule d’une part parce que je me retrouve à expliquer à des femmes adultes comment je pisse, mais en plus parce que je devrais pas avoir honte de pisser debout), quatre si on note qu’ils sont plus souvent décrits par leurs hormones (quoique les femmes produisent aussi de la testostérone.)
    Je comprends que la plupart des gens se pensent seulement femme ou homme parce qu’on les a identifié-e-s comme ça à la naissance, mais même dans ce cas parfois et dans d’autres cas c’est plus insultant pour l’identité des gens qu’autre chose.

    • Je suis entièrement d’accord avec vous, c’est en fait pour ça que j’ai utilisé des termes binaires, pour forcer le trait, pour accentuer le fait que la logique de ces albums n’a aucun sens et est particulièrement grossière. Merci pour votre commentaire.

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