Petit à petit, le chat fait son nid

L’hiver traînassant aura ma peau, en témoigne cette pile de livres que je n’ai toujours pas ouverts. Je sors de ma torpeur pourtant pour vous parler du premier tome de La Guerre des clans. Parce que ça manque un peu de romans par ici.

La guerre des clans, c’est ça :

Qui dira que j’ai utilisé un cadeau éditeur pour mon propre compte aura diablement raison.

C’est l’histoire de Rusty (le chat roux), jeune chat domestique (non mais « Rusty », vous saississez? c’est fou.) qui suite à des rêves de chasse de plus en plus pressants décide de se faire la malle dans la forêt. Il y rencontre  un clan de chat-tes libres qu’il parvient à intégrer. Rebaptisé Nuage de Feu, le chaton découvre une nouvelle façon de vivre, mais se retrouve du même coup embrigadé dans une sombre machination. Un roman initiatique, quoi.

« Au beau milieu du combat, le chaton s’aperçut que l’euphorie avait remplacé sa peur. Le coeur battant, il entendait autour d’eux les hurlements excités de leur public. »

Ne vous y trompez pas. Ce n’est pas parce qu’ il y a un minou sur la couverture que la Guerre des clans, c’est tout mignon tout chaton. Dans la Guerre des clans, il y a de la baston, du sang, des morts et presque pas de larmes. La guerre des clans, c’est des poils qui volent, des bébés chats kidnappés et des exécutions sommaire de félins blessés. Et quand Rusty propose tout bêtement que tout le monde fasse la paix et se partage les proies de la forêt,  c’est tout juste si on ne lui propose pas un rite de pénitence par le feu. Ça déconne pas, les minous sauvages du Clan du Tonnerre.

Une fois passé les moments de stupeur (les chats font des petits paquets de plantes médicinales noués avec de l’herbe) et d’hilarité (les chats construisent des barricades et se fabriquent des nids pour dormir), c’est  plutôt prenant. On se surprend même parfois à crier au bouquin  « mais non chaton, n’y va pas, c’est un piège !! », alors c’est tout dire.

Cela dit, ça n’empêche pas de s’énerver, quand même. Pour commencer, un questionnement: mais qu’est ce que c’est donc que ce culte de la virilité que nous avons là ? Cette obsession des testicules, cette angoisse du « coupeurs » ? Certes, c’est un livre basé sur le combat, donc quand un vieux minou critique Nuage de feu, ben Nuage de Feu, il lui défonce la tête (et balaie nos réflexe de gentilles lectrices naïves: »hou, le pitit chat il va rien répondre et faire ses preuves grâce à un acte héroï…ha, ben non en fait. »). Mais ça  perturbe quand un livre ne valorise ses personnages qu’en fonction de leur talents guerriers. En même temps, un chat est un chat, une guerre est une guerre, et Rusty n’est pas complètement con non plus. C’est la tonalité générale qui me donne l’impression qu’il faut toujours que soit affirmée  la virilité des mâles,  surtout via leurs testicules. Un peu dur à expliquer sans lire le livre. Cela dit, il est possible qu’il ne s’agisse en fait que d’un plaidoyer contre la castration de la part d’Erin Hunter. N’empêche que ça donne un drôle d’arrière goût au texte, surtout quand on se penche sur le point gênant suivant: la structure du clan du Tonnerre.

« Alors c’est d’accord? s’enquit [Etoile Bleue], les yeux fixés sur les deux chasseurs, qui acquiescèrent. Dans ce cas, je vais annoncer son arrivée à la tribu. »

Autant commencer par le haut. La cheffe du Clan du Tonnerre, c’est Etoile Bleue, une femelle donc. Le genre de personnage qui provoque le silence à chacune de ses apparitions, malgré une certaine faiblesse physique que l’on découvre par la suite. On espère qu’il ne s’agit là que du poids des ans.  On en doute rapidement, dans la mesure où la chatte est incapable de prendre la moindre décision seule. Du coup l’illusion s’estompe très vite ;  charismatique certes, mais autonome, non. Erin Hunter empile bien trop de scènes dans lesquelles la vieille chatte se montre désemparée sans ses lieutenants pour qu’on y croit encore. Peut être fallait-il s’y attendre au regard des petits noms que l’auteure donne à ses chats:

Plume Rousse, Coeur de Lion, griffe de Tigre, Eclair Noir, Longue Plume, Vif-argent pour les guerriers et lieutenants mâles; Fleur de Saule et Poil de Souris pour les deux seules guerrières femelles.

Les autres femelles? Petit Feuille, pelage de Givre, Bouton d’or, Perce-Neige…. du tout mignon tout rond. Les ancien-nes ne comptent pas, ils-elles sont nommé-es en fonction de leur handicap.

Voilà qui n’aide guère une structure de clan qui en plus  laisse perplexe. L’éducation des chatons est à la charge unique des femelles (au moins, elles le font en groupe). Et comble de la classe, celles « pleines ou en train d’allaiter » sont appelées Reines et sont exclues du reste du clan. Ah non pardon, elles sont justes installées dans un nid spécial à l’écart de tous. Les premiers à manger sont les vétérans et bien sûr les guerriers.  Envie d’être guerrière? Alors interdiction d’avoir du chaton, point les tâches tu ne cumuleras. Au pire, tu peux devenir guérisseuse et déverser larmes et onguents sur les viriles blessures des combattants.  Le seul mâle guérisseur évoqué est tourné en ridicule et traité d’incompétent. Les Bipèdes ne sont pas les seuls à genrer leurs métiers.

L’effet ruche, cumulé aux petits noms mignons et à la quasi inutilité des Reines en terme de combat, ça marche pas. Les personnages féminins sont terriblement décevants à de très rares exceptions. Et détail qui n’en est pas un et qui fait joie: la discrimination physique. Un petit exemple:

« C’est notre guérisseuse. Difficile de ne pas la remarquer. Elle est plus jeune et plus belle que...[interruption]« 

L’interruption, c’est  Éclair Noir, un guerrier mâle plus que sceptique, forcément, puisque que Rusty est un chat domestique doublé d’une bouche de plus à nourrir. Le fier matou le lui fait donc remarquer de façon tout à fait virile. C’est tout aussi noblement que Rusty et son compagnon marmonnent, une fois le guerrier parti:

« Eclair Noir, lui, murmura Nuage Gris à voix basse (certes), n’est ni jeune, ni beau… »

Et voilà.

J’ai quand même envie d’accorder à la Guerre des Clans le bénéfice du doute (rien que parce que grâce à son sous texte glorifiant la testostérone, on peut se moquer du guerrier du clan adverse qui s’appelle Petite Queue). Les marmottes et marmottons tout tremblant la veille de la sortie des tomes suivants,  certaines péripéties… bon, ça motive un petit peu pour le tome 2.
Je ne peux qu’ espérer qu’ Étoile Bleue sorte enfin de sa torpeur et que madame Hunter se calme un peu avec ses histoires de Coupeur.

Après tout, c’est pas non plus du Xavier Laurent Petit, alors on peut peut-être en reprendre une ‘tite louche.

A suivre, une fois que mon colloc félidé m’aura appris à faire des noeuds : Elle

 

2 réponses

  1. J’imagine qu’on ne peut pas attribuer trop de comportements humains à des chats de fiction, sinon ça perd de son originalité; donc l’aspect « viriliste » peut passer pour une licence artistique, un aspect « bestial » mis en avant pour animaliser davantage le contenu ?

    • Absolument, c’est d’autant plus clair avec le titre: « retour à l’état sauvage », et c’est aussi pour ça que je n’ai pas de réel problème avec le côté baston du truc, qui aurait plutôt tendance à me faire sourire (d’autant qu’après avoir lu un tome de Chaton Magique, c’est agréable de voir qu’on peut proposer autre chose aux enfants qui aiment les chats). Bien sûr la violence reste un sujet délicat. Par contre, je trouve ça un peu décevant, voire facile de proposer une structure sociale qui valorise le mâle et sa force (ou déprécie sa prudence et sa faiblesse), tandis que les femelles se cantonnent aux rôles d’éducatrices, de sages inactives, de « panseuses de plaies ». Le livre est plus nuancé que ça, mais ça reste le modèle de base qu’il propose pour le premier tome. Les chats-e sont anthropomorphisé-es, tout en gardant une aprt d’animalité dont erin hunter aurait peut être pu se servir pour proposer quelque chose de différent. Et c’est le cas dans un sens, sous forme de tentative que je trouve trop timide, parfois ratée. Mais étant donné qu’il y a quelques indices laissant supposer que ça ne sera peut être pas comme ça tout le temps, je voulais en parler tout en restant ouverte. Bref, tout ça pour dire que je suis bien d’accord, mais que j’espère quand même p;us pour les prochains tomes 🙂

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