L’Arbre rouge

Dans les albums pour enfant, on trouve des journées très différentes. Des journées d’aventures, de découvertes. Des journées de réflexion, de jeux, de câlins, de colère(s). Autant de journées vécues par des petites filles sages, téméraires, parfaites ou guerrières. Sauf que parfois…

Sauf que parfois, le monde est sans logique, sans aventures. La vie est difficile et les autres autant de briques qui transforment le quotidien en enchevêtrement insoluble.

Sans compter que l’on ne sait pas qui l’on doit être…

…ni ce que les autres attendent de nous.

La journée semble alors finir comme elle avait commencée. Jusqu’à ce que tout à coup…

La tristesse, le mal de vivre, la déprime et la dépression… des domaines abordés en jeunesse souvent de façon didactiques. Et autant de mots qui finalement ne font qu’effleurer un sentiment qui peut saisir le cœur à tout âge, et qu’il est très difficile de décrire, de réduire sous forme d’images compréhensibles.

 

 

Et voilà l’Arbre Rouge. Shaun Tan qui parvient, en déconstruisant la typographie et déployant l’image, à toucher le cœur de la mélancolie.

Les illustrations sont d’une telle richesse que je me sens absolument incapable de les décrire justement. Leur force, c’est de concentrer la métaphore  sans jamais toucher la caricature. L’abondance de détails et de symboles est telle qu’on y passerait des heures de contemplation et d’interprétation. D’abord contenues, elles s’étirent progressivement pour envahir les doubles pages tandis que le mal être grandit. Le texte est comme une longue phrase ballottée par cette journée noire , et s’adresse directement aux jeunes lecteur-trices. Cette journée qui commence mal, voire qui ne commence pas, c’est bien la leur.

Parce que  sortir du carcan de Princesse Parfaite, ce n’est pas forcément se glisser dans l’armure d’une guerrière sans faille. L’enfance du quotidien, ce n’est pas toujours celle qui rit. Ce n’est pas toujours un modèle d’énergie. Et c’est parfois bien compliqué.

Ce n ‘est pas le propos du livre, mais je pense que sa force aurait peut-être été amoindrie si cette errance à travers les mondes de la mélancolie n’avait pas été celle d’ une fille. Car à qui enjoint-on souvent d’être un modèle  de gaieté ?  Pour une fois, on a donc un personnage féminin habité par le tourment, et qui ne se sert pas de ses supers pouvoirs pour s’en sortir. Tout simplement parce que le bonheur ne dépend pas toujours, pas souvent de nous-même. Qu’il ne suffit pas de le souhaiter pour percevoir ces petites ou grandes choses qui ensoleilleraient la vie.  Parce que la joie de vivre, ce n’est  pas une question de volonté ( n’est-ce pas Monsieur Gounelle ? Je vous avais déjà dis que je détestais les livres de monsieur Gounelle ? ).

« des choses merveilleuses te passent à côté »          Avez-vous remarqué cette petite feuille rouge ?

L’Arbre rouge est un album qui s’adresse à tous-tes et se contemple à tous les âges. Faites un petit bout de chemin vers lui, ne serait-ce que pour découvrir la force de ses illustrations qui sont plutôt desservies par l’aperçu que j’en donne ici. Et pour le plaisir de  frissonner à la toute dernière page.

Pour jeter un coup d’œil sur les autres illustrations et en savoir plus sur les œuvres et les pensées de Shaun Tan, c’est par ici et sur l’ensemble de son site.

 

L’Arbre rouge, Shaun Tan, La Compagnie Créative (2003).

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